« Impulser l'éducation transformatrice et décolonisée pour la durabilité dans un monde globalisé »
HIGHER EDUCATION SUMMIT 2026
Université Bordeaux Montaigne
Organisé par COPERNICUS Alliance (réseau européen pour l'enseignement supérieur et le développement durable)
PANEL D'INTERVENANT
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Théophile YONGA / Terrafrik Réseau: Expert Polyvalent pour les projets de développement et d’éducation populaire et solidaire.
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Roxane HERVE / E-Graine : Responsable du programme national d’éducation aux migrations, « Un Univers Citoyen »
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François GUERRY / KuriOz : Directeur
Facilitatrice :
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Tiphaine ARDOIN / R.A.D.S.I. Nouvelle Aquitaine
INTERVENTION DE THÉOPHILE YONGA
Introduction et question de Tiphaine Ardoin : Terrafrik travaille sur la réciprocité depuis de nombreuses années (1 Colloques en 2014 à Toulouse – 1 module en FSM 2016 à Montréal – 1 collaboration sur le projet « Socrate » avec le RADSI à travers le Crosi – des contribution au Séminaire de Grenoble etc...). En ce moment vous travaillez sur une analyse croisée des visions de l’éducation populaire mais aussi de vos pratiques pédagogiques, avec
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des sud américains (CEEAL Colegio Ecuatoriano Español América Latina ) ,
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des européens (Réseau Belges, français, suisse)
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des africains (Divers réseaux d’éducation à la citoyenneté : Festisol Afrique, Campagne du film documentaire Alimenterre, réseau Urunani, UICN pour la biodiversité , Convergence globale des luttes pour la terre et l'eau )
Qu'est ce que l'approche décoloniale vous permet d'aborder différemment ?
Intervention M. YONGA: Notre plateforme s’est montée il y a 10 ans et de manière singulière (même si la réciprocité et la décolonialité sont mes thèmes de travail depuis 2005). En effet, construire une dynamique d’éducation populaire et solidaire sans l’adosser à un financement de projet dure (construction d’écoles, d’ouvrages d’accès à l’eau potable etc... ), mais en s’appuyant uniquement sur les réflexions et préoccupations des acteurs mobilisées dans leurs associations de terrain dans les villages subsahariens, était inédit.
Sous leur impulsion, l’angle de travail a été tout de suite une réflexion sur « LE BIEN-ÊTRE DU SUBSAHARIEN DANS SON LIEU DE VIE » ; il a été question d’installer un consensus sur le contexte (nous sommes en Modernité/Colonialité), le contenu (Quel rapport aux savoirs communautaires et leur liens à la terre) ainsi que le terrain de travail (échelle locale et ouverture sur les enjeux globaux).
De nombreux temps de travail en séminaires/webinaires, en production de texte de positionnement et en actions concrètes mises en œuvres de manière fédérative et coopérative, ont permis de mettre en mouvement les acteurs engagés au plus près des populations locales dans une dizaine de pays.
La démarche de réciprocité a été mise en pilote dès 2012 avec un programme ‘Mobilités Jeunes & Solidarité Internationale’ en accueillant des chantiers jeunes proposant des cadres de travail et de réflexion entre jeunes européens et africains dans les villages africains. Cette pratique d’échange nous a installé aux avant-postes du dispositif VIR (Volontariat International de Réciprocité) lorsque celui-ci a été mis en pilote. Renseigner et situer la modernité/colonialité dans la pratique de la réciprocité en s’inspirant des travaux d’Anibal Quijano (Sociologue péruvien, Concept de « colonialité du pouvoir ») a ouvert la possibilité d’expérimenté une éducation populaire équitable par le positionnement des acteurs lors des chantiers jeunes.
Poser que l'exploitation de la main-d'œuvre, liée historiquement à l'esclavage en hiérarchisant les populations par la race, en contrôlant à travers des institutions patriarcales et en destituant les savoirs locaux pour imposer la pensée européenne, est constitutif de la colonialité et consubstantiel de la modernité actuelle.
Si le colonialisme politique n’est plus en vigueur en Afrique, les structures et leviers de domination sont toujours à l’œuvre. Le Capitalisme mondial et des hiérarchies globales sont aujourd’hui, l’épicentre autour duquel s’organise des rapports coloniaux dans le monde moderne.
Sur proposition de Chafik Allal (Docteur en sciences appliquées, journaliste, réalisateur et diplômé en agroécologie), directeur de ITECO - Centre de formation pour le développement et la solidarité internationale, et pour préparer la rencontre internationale de l’éducation populaire solidaire RIEPS 2026 au Cameroun, terrafrik travaille à l’impulsion, la mise en place et l’animation d’une « Tricontinentale » de l’Éducation Populaire Solidaire, intégrant les réseaux européens, sud-américains et européens.
Pourquoi ?
Trois raisons motivent cette mobilisation aux côtés de structure belges, françaises, sénégalaises, béninoises, ivoiriennes, Togolaises, colombiennes, québécoises, péruvienne etc. :
1. Une mondialité en commun mais laquelle
L’hyper financiarisation du Capitalisme et de l’économie, la montée d’une internationale réactionnaire et identitaire, une géopolitique guerrière ainsi qu’une montée fulgurante des actes antimigrants, masquent mal (en la reléguant) une réalité commune à tous les continents – mais surtout à tous les citoyens militants œuvrant pour une éducation transformatrice et décolonisée : Le cadre mondial est toujours celui hérité de cinq cent ans de colonialité déployée par un système patriarcal bien plus ancien.
2. Une pluriversalité (inclusive) à coconstruire par la valorisation des savoirs destitués
Une des urgences de la pensée décoloniale passent par les créations et reconstitutions locales du « pluriversel », à l’échelle planétaire, des praxis de vie, des langages et des mémoires locales destituées par l’idée eurocentriste de modernité. La colonialité étant le côté sombre de la modernité, l’enfer de la colonialité étant toujours partout, alors les décolonialités planétaires pluriverselles lui sont et lui seront toujours des réponses nécessaires et inévitables. Les coconstruire en intégrant les avancées progressistes conséquentes de l’Amérique du sud, les constructions populaires de réseaux militants européens et les restitutions / restaurations des savoirs anciens africains, permet dès à présent de se projeter dans un nouvel universalisme ; Celle qui favorise en les valorisant, des passerelles de compréhension et de vivre ensemble.
3. Un future environnemental et climatique forçant une intelligence collective… humaine
Les mouvement de fond de l’éducation populaire sud-américaine dans un double mouvement des années 90 jusque 2010 : construire des mouvements sociaux puissamment mobilisés et porter au pouvoir décisionnaire politique des gouvernements progressistes. La réalité de ces moments de réussite collective a obligé des déplacements conceptuels dont l’analyse montrent que l’éducation populaire a cessé d’être exclusivement orientée par les catégories classiques du marxisme, pour intégrer des préoccupations liées à la démocratie, la culture, la subjectivité et la diversité des acteurs collectifs. Ainsi et pour ne citer que l’exemple des ressources naturelles, plusieurs de ces gouvernement progressiste ont finalement développé des modèles économiques centrés sur une gestion redistributive des retombés d’activités extractives ; avec la promesse d’un requestionnement desdits modèles après l’instauration de la justice sociale et de l’équité des conditions de travail, mais surtout à l’aune des contraintes du changement climatique.
L’accélération du réchauffement de la planète et de ses conséquences sur le vivant, oblige une intelligence collective quant aux curricula déployés dans l’éducation populaire qui se veut désormais, plus jamais transformatrice et efficace.
Les temps d’échange et de travail avec le CEEAL nous a permis de converger vers l’affirmation suivante : Seules une capacité de leadership institutionnel ainsi que une solidité organisationnelle, administrative et patrimoniale constitueront les leviers permettant de stimuler en permanence le développement et le progrès de la communauté éducative … Donc des ressources humaines engagées, compétentes et efficaces.
Le réseau Terrafrik poursuit ces collaboration de réflexion-action vers une tricontinentale de l’éducation populaire, tant cela corrobore l’approche (et j’en termine par la) d’Oscar Jara (Expert péruvien en éducation populaire et systématisation d’expériences issues d’initiative de terrain en Amérique latine), qui présente les nouveaux scénarios et sujets vers lesquels se dirigeait l’éducation populaire au début du XXIe siècle :
« Lorsque nous parlons d’éducation populaire, nous parlons de développer une autre conception de l’éducation qui devrait être présente dans toutes les formes et modalités des processus éducatifs : dans l’éducation préscolaire, primaire, secondaire, universitaire ; dans les programmes d’éducation non formelle pour jeunes et adultes ; mais aussi dans les mouvements sociaux, indigènes, paysans, écologistes ; dans la lutte pour les droits humains ; dans les efforts de participation démocratique ; dans l’appropriation des expériences de mobilisation ; dans la récupération de la sagesse ancestrale de nos peuples ; dans la maîtrise des technologies les plus sophistiquées… Dans tous les domaines surgit le défi d’impulser des processus émancipateurs qui nous construisent comme sujets protagonistes et transformateurs. C’est cela, faire de l’éducation populaire. » (Jara, 2012)
